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Antonio Gramsi, l’intellectuel aujoud’hui : Culture, Politique et Globalisation

vendredi 21 mars 2008

Le retour récent de Gramsci sur le devant de la scène intellectuelle après au moins deux décénnies d’absence, accompagnée d’une perte de visibilité , d’influence, d’activité des intellectuels au sein de leurs sociétés, s’est concrétisé à travers des colloques, des études, des revues consacrès à l’étude de la pensée de cet intellectuel bien organique de la société italienne qu’est Antonio Gramsci, premier secrétaire du Parti Communiste Italien, mort en prison sous le régime fachiste de Mussolini.

Il est question aujourd’hui de revoir cet héritage dans les conditions actuelles de la globalisation et de l’explosion des nouveaux moyens de communication du savoir, de la culture et ... des discours politiques sous leurs diverses formes.

Ci-dessous, est reproduit un appel motivé à un colloque qui a eu lieu
en octobre 2007 à Dudelange (Luxembourg). Ce qui est intéressant dans cet appel, ce sont les attentes et les questions d’ aujourd’hui que posent les organisateurs de ce colloque en partant de l’héritage de Gramsci et à la lumière de la globalisation.


Résumé

L’objectif de ce colloque est de proposer de lire et surtout de relire Gramsci. Retourner au texte original et aux conditions de son élaboration permettra de rendre hommage à Gramsci en se mettant à la hauteur des préoccupations du présent. L’enjeu est en effet de redonner à la position de l’intellectuel, dévoyée par le cursus honorum républicain et la course aux droits d’auteur, la figure de l’intellectuel organique gramscien. En retrouvant le lien oublié entre culture militante et culture de masse, elle impose dans le même mouvement de re-politiser le débat intellectuel et de politiser l’esthétique, de relier l’analyse de l’action publique et l’analyse de la contribution des industries culturelles à l’orientation de cette action. ..[...]

Antonio GRAMSCI, l’intellectuel aujourd’hui : Politique, Culture, Globalisation

Devenue une référence incontournable du patrimoine culturel italien dès 1947, à l’origine des cultural studies dans le monde anglo-saxon, longuement discutée dans les années 1970 en France à la faveur des fièvres politiques post-1968 et du leadership intellectuel de Louis Althusser, présente en filigrane dans la sociologie de la « domination symbolique » de Pierre Bourdieu, mobilisée dans les luttes de libération en Amérique latine, discutée dans les universités américaines, la pensée d’Antonio Gramsci semble avoir marqué le pas ces 20 dernières années en Europe et s’être perdue dans « l’illusion » du passé communiste et de son « livre noir ». Mort il y a tout juste 70 ans, le 27 avril 1937, Antonio Gramsci a pourtant esquissé dans ses Cahiers et ses Lettres de prison un modèle d’analyse de l’action publique fondé sur l’observation du changement culturel dans la société occidentale. Ce modèle s’est discrètement diffusé dans la littérature sociologique des dernières années et a permis à son auteur de prendre rang dans le monde académique anglo-saxon, où il est reconnu comme un penseur de la modernité, à la différence de l’Europe où son oeuvre semble aujourd’hui payer le prix de son ancrage dans le marxisme.

En se focalisant sur les aspects politiques de l’oeuvre – avec des inflexions caractéristiques des acclimatations locales comme la question de l’Etat en France ou celle de la société civile et l’organisation des minorités dans le monde anglo-saxon – la plupart des commentateurs du texte gramscien ont laissé de côté son analyse de la culture de masse (de la littérature de feuilleton au cinéma en passant par le mélodrame théâtral) et du rôle positif qu’elle joue – en tant que moyen de démocratisation de la culture – dans la formation politique des individus. « Tous les hommes sont intellectuels ; mais tous les hommes ne remplissent pas dans la société la fonction d’intellectuels » (Antonio Gramsci, Cahier 12, paragraphe 1) : La valorisation du citoyen ordinaire et de son action au service de la démocratie est la marque de la pensée gramscienne. La position tranche avec la diffusion au sein de l’espace public – au moins dans le cas français – d’une attitude intellectuelle conjuguant pessimisme technologique et élitisme politique, qui trouve dans la vision négative des industries culturelles forgée par Adorno et Horkheimer dans leur lutte contre la machine de propagande national-socialiste, une justification intellectuelle et une motivation affective. Cette vision a ainsi entraîné une interprétation unilatérale et appauvrissante de la pensée de Gramsci : réduction de l’ « hégémonie » à l’action des « appareils idéologiques d’Etat » ou à une « intériorisation de la domination », sacrifice de l’histoire des industries culturelles à l’histoire politique des mass medias, assimilation de « l’intellectuel organique « à un porte-parole d’une classe sociale », rabattement de la culture politique et de la culture artistique à des systèmes d’idées ou à des sommes d’attitudes.

Le nouveau contexte représenté aujourd’hui par la globalisation des échanges économiques et sa mise en forme socio-technique – la révolution numérique et la recomposition au plan mondial des industries de la culture et de la communication – redonne aux réflexions d’Antonio Gramsci, contemporaines de celles de Walter Benjamin, toute leur pertinence. A l’ère des supports numériques, la libre circulation de l’information et la reproductibilité technique des ¦uvres d’art et de tous les produits qui permettent aux individus de cultiver leur plaisir, rendent plus cruciale encore l’analyse rigoureuse et impartiale tant des nouvelles formes de communication politique portées par les nouvelles technologies que de la manière dont les industries culturelles ont accru la sensibilité affective et le niveau intellectuel des populations occidentales depuis près d’un siècle.

L’actualité de l’oeuvre de Gramsci, l’intérêt de sa relecture et de sa transmission intellectuelle s’imposent avec évidence. Elle est la première en effet à restituer la politique dans le cadre quotidien de l’échange en privilégiant ces philosophes ordinaires que sont les citoyens. Elle nous invite à prendre la mesure du rôle politique de la société civile et de l’expertise profane qu’elle fait circuler, et à examiner la manière dont elle peut permettre de corriger la dérive technocratique et la tentation totalitaire des Etats-Nations. Elle réhabilite l’observation minutieuse des pratiques de consommation des simples spectateurs – qui sont tous potentiellement, comme le rappelle Benjamin, des experts de la vie en société – et l’analyse de leur valeur personnelle comme de leur signification collective, contre la domination des idéologies professionnelles et nationalistes du contrôle social et du danger inhérent à la circulation des produits culturels. Elle contribue enfin au renouvellement de l’analyse des oeuvres considérées, non pas comme des produits culturels inertes ou malfaisants, mais comme des objets susceptibles de transformer et de transporter les personnes qui les évaluent, les apprécient et les transmettent.

L’objectif de ce colloque est de proposer de lire et surtout de relire Gramsci. Retourner au texte original et aux conditions de son élaboration permettra de rendre hommage à Gramsci en se mettant à la hauteur des préoccupations du présent. L’enjeu est en effet de redonner à la position de l’intellectuel, dévoyée par le cursus honorum républicain et la course aux droits d’auteur, la figure de l’intellectuel organique gramscien. Cette figure non élitiste et non professionnel de l’expert, alternative à la vision soviétique du « commissaire du peuple » ou républicaine du « scientifique roi », est la figure de la médiation démocratique en matière d’art comme de politique qu’appelle un espace public radicalement transformé depuis les années 1930 par la démocratisation scolaire, l’expansion des loisirs et la « croissance sociale-démocrate autocentrée » (au moins jusqu’au milieu des années 1970). Permettant de retrouver le lien oublié entre culture militante et culture de masse, elle impose dans le même mouvement de re-politiser le débat intellectuel et de politiser l’esthétique, de relier l’analyse de l’action publique et l’analyse de la contribution des industries culturelles à l’orientation de cette action.

Ce colloque sera donc l’occasion :

  • 1. D’articuler l’analyse de l’action publique, à l’époque des nouvelles technologies, et les deux enjeux que constitue la recomposition de l’espace public dans le cadre national et dans le cadre international. Dans quelle mesure l’évolution actuelle des industries culturelles peut-elle contribuer à la distribution de l’expertise et aux nouvelles formes d’échange politique qu’appelle le développement économique mondial. Quelle pourrait être, notamment, la traduction contemporaine de la « question méridionale » ? De quelle manière peut-elle contribuer à la résolution du « choc des civilisations » interne et externe aux Etats-Nations (la question sociale souvent ramenée à celle de l’immigration et de l’identité nationale ; le rapport Nord/Sud réduit à l’affrontement entre« modernité occidentale » et « obscurantisme islamiste ») ? Quels arrangements culturels – entre ancien et nouveau, tradition et modernité, collectifs et individus – la circulation accélérée des objets, des personnes et des savoirs rend-elle possible aujourd’hui ?
  • 2. De penser les liens entre culture politique et culture artistique ainsi que leurs modes de diffusion via l’observation de la circulation des produits, de la production d’événements (oeuvres,textes, manifestations, spectacle) et des dispositifs d’évaluation et de transmission de leur qualité. On sera attentif aussi bien aux interventions publiques (éducation nationale, politique culturelle, Welfare State,…) qu’aux initiatives privées (écoles de formation des cadres des partis et des syndicats issus du mouvement ouvrier, éducation populaire,militantisme associatif, coopératives, consumérisme culturel,…) et à la manière dont les processus de démocratisation scolaire affecte la culture politique et militante des individus issus des classes subalternes. Le spectacle, le divertissement, la littérature de feuilleton, les opuscules militants, les livres et les films sociaux – tout ce qui participe à la fois de la culture de masse et de la culture militante – ne seront pas seulement considérés comme des objets à analyser mais comme des registres d’action pour les individus et des modes de connaissance du monde qui nous entoure. La construction d’une culture européenne en tant qu’enjeu économique et politique constituera, dans cette perspective, une orientation privilégiée.
  • 3. D’analyser les modes de diffusion et d’interprétation de la pensée gramscienne en Europe et dans le monde. D’évaluer son apport et son intérêt en matière d’industries culturelles notamment et d’observation pionnière du « modèle » américain. D’enrichir la discussion des concepts centrés autour des relations entre Etat et société civile, entre Etat et marché. Sont les bienvenus également les travaux, études, monographies, cas pratiques, qui peuvent se réclamer de cet apport théorique ou bien le mettre à l’épreuve.

Voici une liste de sites web consacrés à l’oeuvre de Gramsci :

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