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Biocarburants : cause directe de la famine dans le monde ?

vendredi 12 décembre 2008

Le site "Notre Planete", fournit des informations et analyses sur tout ce qui concerne l’ écologie, l’environnement et les changements climatiques.
Depuis octobre 2007, il a alerté l’opinion publique mondiale sur l’impact de l’industrie des biocarburants sur l’alimentation mondiale. Aujourd’hui, après la multiplication des émeutes de la faim dans de nombreux pays,
les analyses qui y sont donnés semblent plus crédibles que jamais.
Le secrétaire général de l’ONU, rejoint un peu la position de Jean Ziegler, en appelant à "gérer correctement la crise alimentaire mondiale".


ACCRA (Reuters) - La hausse des cours des produits alimentaires risque d’anéantir les efforts de lutte contre la pauvreté dans le monde, et si la crise est mal gérée, elle pourrait porter atteinte à la croissance et à la sécurité, a déclaré dimanche le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon.

Dans son discours d’ouverture de la conférence des Nations unies sur le commerce et le développement, à Accra, au Ghana, Ban a prévenu que la forte hausse des prix des denrées alimentaires pourrait réduire à néant les efforts entrepris dans le but de réduire la pauvreté mondiale de moitié pour 2015.

"Le problème des cours alimentaires mondiaux pourrait signifier une perte de sept années (...) dans les objectifs du millénaire pour le développement", a-t-il affirmé. "Nous risquons de revenir à la case départ."

La crise alimentaire a déclenché des émeutes dans de nombreux pays d’Afrique et d’Asie, ainsi que dans les Caraïbes.

Le diplomate sud-coréen a rappelé que plusieurs pays avaient entrepris d’interdire les exportations de blé et de riz et de faciliter les importations dans l’espoir d’atténuer les effets des pénuries sur leurs populations.
"Cela risque de déséquilibrer le commerce mondial et d’exacerber les pénuries", a prévenu Ban.

"Si cette crise n’est pas correctement gérée, elle pourrait déclencher une avalanche d’autres crises (...) et devenir un problème complexe affectant la croissance économique, le progrès social et même la sécurité politique dans le monde entier."

Daniel Flynn, version française Nicole Dupont et Gregory Schwartz


Jean Ziegler qualifie le recours aux biocarburants de "crime contre l’humanité"

Source :
Notre Planete 29/10/2007

  • Jean Ziegler, Rapporteur spécial sur le droit à l’alimentation, s’est inquiété vendredi 26 octobre 2007 devant la presse de l’augmentation du nombre d’affamés dans le monde et a dit craindre que la production massive de biocarburants comme l’éthanol n’aggrave encore le problème en diminuant les surfaces agricoles consacrées aux cultures vivrières.

Jean Ziegler a appelé à un moratoire de cinq ans, le temps nécessaire, a-t-il espéré, pour que la recherche trouve le moyen de tirer de l’éthanol des déchets agricoles, essentiellement des parties non comestibles de plantes comme le maïs ou le blé. « Il est légitime de vouloir fabriquer des biocarburants mais le résultat va être désastreux dans l’immédiat. » Il n’a pas hésité à parler d’un « crime contre l’humanité qui est commis lorsque l’on convertit un sol productif pour l’alimentation en terre à produire du biocarburant ».

M. Ziegler, qui s’est aussi exprimé le 25 octobre devant la Troisième Commission, chargée des questions sociales, humanitaires et culturelles, a dit craindre que le premier Objectif du Millénaire pour le développement, la réduction de l’extrême pauvreté et de la faim, ne soit pas atteint à l’échéance de 2015. Il a rappelé que le nombre de personnes souffrant de la faim et de la malnutrition a augmenté tous les ans depuis 1996 pour dépasser les 850 millions, alors que l’on estime que la Terre pourrait nourrir 12 milliards d’êtres humains, soit deux fois la population mondiale actuelle. En réponse à l’argument selon lequel le nombre d’affamés n’a en fait pas augmenté, en chiffres relatifs par rapport à la croissance de la population mondiale, l’universitaire suisse a répondu : « Je n’accepte pas ce raisonnement car un enfant qui meurt de faim n’est pas une statistique ».

Selon les estimations de l’ONU, six millions d’enfants de moins de cinq ans meurent chaque année dans le monde à cause de la malnutrition et des maladies associées. Parlant d’un « massacre de la faim qui n’obéit pas à la fatalité », il a estimé qu’un « enfant qui meurt de faim est assassiné ». M. Ziegler a mis en cause en particulier les subventions agricoles européennes qui permettent d’inonder les marchés africains à prix bradés et qui entraînent la ruine des agriculteurs locaux. Selon lui, « l’Union européenne crée de la faim en Afrique par son dumping agricole ».

Le Rapporteur spécial est aussi alarmé par l’augmentation des « réfugiés de la faim » qui tentent de gagner l’Europe et l’Amérique du Nord pour survivre et qui sont considérés comme des délinquants lorsqu’ils arrivent à destination quand ils ont la chance de ne pas mourir en chemin. Il a estimé qu’il est grand temps de renforcer les mécanismes de protection nationaux et internationaux en réaffirmant concrètement « le droit de se nourrir ». Les droits de l’homme ne sont pas uniquement politiques et civiques, a–t-il souligné, mais ils touchent aussi à l’économique, au social et à la culture. Jean Ziegler a estimé que l’Europe doit trouver une réponse autre que militaire pour repousser les miséreux à ses frontières. Il a proposé de créer un nouveau droit de l’homme –le droit d’accueil provisoire– qui protègerait les réfugiés de la faim », dont l’existence n’est actuellement pas reconnue dans les conventions internationales.

Source :Notre Planete

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