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Le Mouvement des Non-Alignés entre Téhéran en 2008 et la Havane en 2006

jeudi 31 juillet 2008

Les activités du Mouvement des Pays Non-Alignés ne sont pas le plat préféré des grands mass-médias mondiaux. Ce mouvement est-il si "dépassé par les évènements", notamment après la désintégration du bloc de l’Est ?

Ci dessous, nous reproduisons la dépêche concernant la dernière Conférence Ministérielle des Non-Alignés diffusée par le site du Courrier du Vietnam, organe officiel du gouvernement vietnamien, suivi d’une analyse faite par une journaliste de Radio Havane à l’occasion de la tenue du Sommet des Pays Non-Alignés à la Havane en septembre 2006.

Le texte de la déclaration finale de la Conférence de Téhéran n’est pas encore diffusé, mais on sait déjà que c’est l’Egypte qui acceuillera le prochain sommet en 2010. Le texte complet de la déclaration du Sommet à La Havane peut être téléchargé en cliquant ici :
Déclaration finale du Sommet MNA-2006-La Havane
document de 70 pages sous format PDF

XINHUA-AFP/VNA/CVN (30-07-2008)

La 15e conférence ministérielle du Mouvement des non-alignés (MNA) s’est ouverte hier dans la salle de conférence de l’Organisation de la conférence islamique (OCI) à Téhéran, en Iran.

"Le monde est sur le point de changer", a indiqué le président iranien Mahmoud Ahmadinejad lors du discours inaugural. "Il est confronté à des défis frustrants".

Les grandes puissances sont à l’origine de nombreux problèmes, a-t-il relevé, ajoutant que la pauvreté est le résultat de la mauvaise politique des grandes puissances.

Le MNA, qui a la capacité de protéger la paix et la justice, peut établir un conseil d’arbitrage et défendre les pays de l’invasion et de la discrimination, a-t-il déclaré.

Le potentiel du MNA pourra servir au développement global, a-t-il souligné.
Des représentants de 118 membres, 15 observateurs, ainsi que 8 organisations régionales et internationales, dont 60 ministres des Affaires étrangères, participent à la conférence.

La conférence révisera l’application des décisions prises lors du 14e sommet du MNA en 2006 à La Havane (Cuba), évaluera les derniers développements au niveau international, notamment ceux qui concernent les intérêts des pays membres du MNA, et les réalisations enregistrées jusqu’à présent dans le processus de revitalisation et de renforcement du MNA depuis la tenue du dernier sommet.

Le président Ahmadinejad a également appelé les pays non alignés "à utiliser les moyens politiques et économiques pour empêcher l’agression des grandes puissances sur les autres pays et les discriminations et les injustices à leur égard", une allusion aux pressions internationales contre le programme nucléaire iranien.

"Les pays non alignés peuvent plus que jamais utiliser la situation unique dans laquelle ils se trouvent pour régler les problèmes mondiaux (...) et réformer le système politique, économique et social international", a ajouté le président Ahmadinejad.

Le mouvement des pays non alignés, crée en 1961, compte aujourd’hui 118 membres. Une soixantaine de ministres des Affaires étrangères des pays membres participent à la réunion de Téhéran qui doit s’achever aujourd’hui.

Le chef de la diplomatie iranienne, Manouchehr Mottaki, a appelé dimanche les pays non alignés à "soutenir la candidature de l’Iran pour devenir membre non permanent du Conseil de sécurité". Il avait précisé que l’Iran avait présenté sa candidature pour la période 2009-2010.

En marge de la réunion, le responsable du nucléaire iranien, Saïd Jalili, a déclaré que les discussions avec les grandes puissances sur le dossier nucléaire de l’Iran étaient "positives et en progrès", a rapporté l’agence ISNA.

"Les négociations sont dans un processus positif et en progrès et, à Genève, les 7 pays (le groupe 5+1 et l’Iran) ont eu une meilleure compréhension de leurs positions réciproques", a déclaré M. Jalili.

XINHUA-AFP/VNA/CVN
(30-07-2008)

lien du site source :
Courrier du Vietnam

Analyse de Marie-Dominique Bertuccioli Journaliste de Radio Havane Cuba à l’occasion du Sommet des Pays Non-Alignés à la Havane en septembre 2006

Mahmoud Ahmedinejad qui ne commence pas une intervention sans invoquer Allah et Hugo Chavez qui ne prononce pas un discours sans évoquer le Christ se donnent une forte accolade… Où est le choc des civilisations ?

Ce n’est tout de même pas tous les jours que 56 chefs d’Etat et 90 ministres des Affaires étrangères se réunissent. Même à l’Assemblée Générale des Nations Unies, ils ne sont pas souvent aussi nombreux en même temps.

Au-delà du nombre, il est encore plus difficile de voir 118 pays venus d’horizons obligatoirement différents se mettre d’accord sur un document de 85 pages qui va de l’examen en détail de la situation internationale au trafic de drogues et à la corruption en passant par la réforme des Nations Unies, le désarmement et la coopération Nord-Sud.

Impressionnant ? Cela l’est d’autant plus que les décisions au sein du Mouvement ne sont pas le résultat d’un vote assorti de pressions plus ou moins grandes en fonction de la taille ou la puissance, dépendant de l’appartenance à un groupe ou un bloc. Il ne provient pas non plus de tractations sur fond d’aides financières que l’on accorde ou l’on retire. Les décisions se prennent en vertu du consensus, principe démocratique s’il en est qui oblige à convaincre, à faire preuve de souplesse, à écouter l’autre et à tenter de comprendre sa manière de voir les choses.

Bien sûr, le Mouvement ne part pas de rien. Il a ses bases et ses principes. C’est ce qu’oubliaient trop facilement ceux qui le trouvaient obsolète lorsque les deux grands blocs antagoniques ont cessé d’exister. Pourquoi rester non-aligné, demandait-on avec insistance, chercher une troisième voie alors que la seconde avait disparu ?

Depuis sa naissance, dans les idées, en 1956 à Bandoeng et, dans les faits, en 1961 à Belgrade, le Mouvement a eu, à la fois, son versant de refus – le non-alignement sur un des deux blocs – et son versant de proposition : le désarmement, la solidarité, le développement, la mise en cause des injustices, la défense des nations émergeant juste de la colonisation, pour ne citer que les grands traits.

C’est bien pourquoi la Déclaration finale adoptée par les Chefs d’Etat et de gouvernement à La Havane ne se limite pas à la dénonciation relativement facile d’une situation mondiale dont personne ne peut dire qu’elle est réjouissante. Elle affirme la valeur du multilatéralisme, le droit à l’identité et la diversité culturelle, l’importance de la relance des Nations Unies – elle consacre plus de 20 pages aux détails de la réforme démocratique dont l’ONU a besoin.

Elle fournit des réponses à des questions et des situations auxquelles personne n’ose toucher sans crainte d’ouvrir la boîte de Pandore et de déclencher un pugilat : elle définit par exemple le terrorisme et le différencie bien clairement de la résistance, elle propose aux Etats qui y ont recours d’abandonner cette pratique et donne la vraie recette pour en finir avec lui : le condamner en bloc et ne pas lui appliquer un jugement variable en fonction du degré d’amitié ou d’inimitié avec la victime. Position aussi courageuse que celle qui rappelle que si la démocratie a des bases évidentes, il n’en existe pas de modèle ou celle qui proclame l’exigence du désarmement général et le droit de tous au nucléaire pacifique.

Vingt-six questions internationales en litige y sont aussi abordées, toujours sous le signe de l’entente entre les 118, là aussi, une majorité de positions courageuses : L’appui au Président démocratiquement élu du Venezuela, au processus de changement en Bolivie, le rejet du blocus de Cuba, des tentatives multiples et diverses de changer le cours des choses dans ce pays, l’exigence de la restitution du territoire de la Base navale de Guantanamo à ses légitimes propriétaires. La fermeté est tout aussi présente dans l’appui aux Palestiniens et au Liban dont le Président a fait une intervention remarquée.

Certains ont voulu réduire ces propos sérieux à un conglomérat anti-étasunien. Comme ont reconnu des délégués de pays qui n’ont pas la réputation d’être des ennemis de Washington, ce n’est pas la faute des non-alignés si les Etats-Unis font fi des résolutions votées par l’Assemblée Générale des Nations Unies sur les thèmes les plus divers. Le Mouvement n’est pas responsable non plus si le Président Bush a dressé une liste de « 60 trous perdus du monde » qui sont membres, pour la plupart, des Non-alignés, ce qui fait de la moitié du Mouvement une candidate aux bombes étasuniennes.

Comment faire passer dans les faits les grandes idées de la Déclaration finale qui peuvent paraître utopiques ? C’est probablement ce qui va faire du Sommet de la Havane un tournant qui accentue une ligne déjà tracée depuis trois ans, sous la présidence malaisienne. Comme l’a dit un représentant africain, il s’agit d’obtenir un mouvement plus « proactif et moins réactif qui aille au-devant des événements au lieu de les subir » . Méthodologie et structures ont été examinées sans crainte et des solutions apportées : établissement d’un groupe d’appui à la présidence, activation du forum des ex-présidents, poids accru de la troïka, dans le cas présent, la Malaisie, Cuba et l’Egypte.

Un élément important pour l’action future que tous ont appelée de leurs vœux – 84 pays sont intervenus – est la présidence cubaine. Cuba n’a pas seulement fait la preuve de sa capacité d’organiser le débat – laissons de côté les félicitations pour la bonne organisation matérielle – elle a prouvé sa capacité de travailler sur des projets concrets de coopération Sud-Sud. Il suffit d’avoir assisté à la remise de médailles par le Président du Pakistan aux médecins cubains qui ont passé huit mois au Cachemire dévasté par le tremblement de terre du 8 octobre pour s’en convaincre.

Certes, Fidel Castro convalescent qui était attendu et qui a été depuis des années un des animateurs du Mouvement, en particulier lorsqu’il en a assuré la présidence une première fois après le 6e sommet, en 1979, n’est pas apparu, mais il n’a pourtant pas été absent. Les entretiens qu’il a eus avec les chefs d’Etat ou de gouvernement de l’Algérie, la Bolivie, l’Equateur, l’Inde, l’Indonésie, l’Iran, la Malaisie, le Venezuela auxquels il faut ajouter le Secrétaire général des Nations Unies, Koffi Anan et l’envoyé spécial du Président de l’Argentine (qui aspire à revenir dans le giron du Mouvement qu’elle n’aurait jamais dû quitter) et l’évocation de ses idées en ont fait un absent-présent. Cela explique que son élection à la présidence du Mouvement n’ait pas soulevé d’objection.

En marge, le monde a découvert en la personne de Raul Castro ce que Cuba disait depuis longtemps : le gouvernement de ce pays n’est pas unipersonnel.

Bref, tout laisse à penser que le Mouvement des Non-alignés a redessiné à ce Sommet de La Havane, le « nouveau visage, le nouveau corps, la nouvelle âme » dont il avait besoin.

Ses membres ont maintenant trois années devant eux pour maintenir cet esprit, leur unité et leur force et confirmer que le non-alignement est bel et bien une idée d’avenir.

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