Mouvement Ettajdid حركة التجديد

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Dans un éditorial d’ Attariq Aljadid, le premier secrétaire Ahmed Brahim déclare :

Pour une orientation fondamentalement nouvelle !

mardi 25 mai 2010

Par Ahmed BRAHIM

La décision de transformer le programme électoral « Ensemble pour relever les défis » en un plan quinquennal (2010-2014) - qui entre en vigueur alors même que le onzième plan de développement (2007-2011) n’est pas achevé – constitue une décision politique sans précédent dans l’histoire du pays. Elle introduit, pour la première fois, une rupture dans la régularité des plans nationaux et les soumet à une surpolitisation, dommageable tout à la fois pour l’efficacité économique et pour les règles minimales de bonne gouvernance.

Depuis 1962, en effet, la Tunisie avait constamment maintenu le cap de la planification économique, avec une périodicité sans failles qu’elle a su mettre à l’abri des aléas et même des grands bouleversements politiques. C’est ainsi que la régularité des plans a résisté d’abord au changement radical d’orientation intervenu en 1969, année de la disgrâce de Ben Salah mais aussi première année du 3e plan, puis à l’adoption du Programme d’ajustement structural, enfin aux divers changements intervenus à la tête du Gouvernement et même au sommet de l’Etat. Les plans quinquennaux avaient continué à se succéder jusqu’à ces derniers mois en toute autonomie par rapport aux quatre quinquennats présidentiels, sans que cette absence de « chevauchement » ait nui en quoi que ce soit à ces deux types de périodicité, bien au contraire !

Que s’est-il donc passé qui puisse justifier la nouvelle façon de procéder ? Les explications laconiques présentées lors de la réunion du Conseil supérieur du développement, le 11 mai dernier (et malheureusement restées sans écho dans les médias officiels), ne semblent pas apporter une réponse assez claire.

D’abord, le nouveau plan quinquennal est censé « actualiser » le 11e plan et assurer « le lien » entre celui-ci et le 12e plan. Fort bien, mais cela doit-il se traduire par la transformation du plan « actualisé » en une sorte de plan triennal qui se serait achevé en 2009 et par le report du démarrage du plan suivant à 2015 ? Ou bien s’agit-il d’une « superposition » partielle qui ferait coïncider le nouveau plan avec les deux dernières années du 11e plan et les trois premières années du 12e , ce qui préserverait formellement leur succession temporelle, sans empêcher pour autant leur absorption de fait ??

D’autre part, ce nouveau plan a été élaboré sur la base d’un nouveau mode de calcul introduit dans la Comptabilité nationale, qui vise à « se conformer aux critères internationaux, en particulier ceux établis par l’ONU et qui, d’ailleurs sert aussi à justifier la décision même d’adopter ledit plan. Justification contestable, disons-le d’emblée, dans la mesure où l’aire d’application de ce mode de calcul s’étend de 1997 à nos jours et au-delà, ce qui correspond au début du 9e plan et n’aurait donc dû avoir aucune incidence sur la régularité de la planification. On ne comprend pas, dès lors, pourquoi c’est en plein milieu du gué (la 3e année du 11e plan) qu’on décide de changer les critères statistiques pour s’aligner sur des recommandations onusiennes (qui existent, notons-le, depuis le début des années quatre-vingt-dix).

Il faut dire que les nouveaux chiffres présentent la situation économique et sociale des trois années précédentes sous un jour autrement plus « avenant » que les documents officiels fournis en décembre 2009, lors de la précédente session du Conseil supérieur du développement : le revenu moyen par habitant en 2008 passe ainsi de 4849 à 5312 dinars (+463D), tandis que le taux du chômage en 2009 passe de 14,7 à 13,3% (-1,4), etc. Les chiffres « anciens » sont d’ailleurs encore les seuls chiffres officiels dont dispose le public sur le site du très officiel Institut national des statistiques !! Mais là n’est pas la question, puisque la réalité vécue est restée la même, aussi « têtue » qu’auparavant, et que les défis essentiels tels que ceux de l’emploi sont toujours là…

Quels choix politiques nouveaux faut-il adopter pour combattre le chômage d’une manière qui soit plus efficace que par le passé ? Le nouveau plan quinquennal ne donne aucune réponse satisfaisante à cette question cruciale. Il se contente d’afficher des ambitions pour le moins volontaristes, en promettant, par exemple, de couvrir la totalité des demandes additionnelles d’emploi grâce à la création de 83000 emplois par an, de faire baisser de 8 points le taux de chômage des diplômés du supérieur d’ici 2014, etc., tout cela par le biais d’un taux de croissance de 5,5% en moyenne.

Or non seulement ce taux est tout sauf assuré -au vu de l’évolution de ces dernières années, des projections du FMI et des perspectives de croissance des pays de l’Union européenne, desquelles notre économie est étroitement dépendante- mais il est tout sauf suffisant pour atteindre les objectifs fixés. Insuffisant, il l’est sur le double plan de la quantité et de la qualité. Car la structure de notre économie et de notre tissu industriel est telle qu’on ne voit pas par quel miracle le taux de chômage des diplômés - qui n’a cessé d’augmenter ces dernières années, passant de 16,9% en 2006 à 21,9% en 2009 – va se mettre à baisser considérablement à partir de 2010 pour descendre à … 13,6% en 2014 !

En fait, ce dont le pays a besoin, ce n’est pas tant un nouveau plan de développement qui vient interrompre un plan en cours que d’une orientation nouvelle qui soit qualitativement différente des choix du passé, qui procède d’une vision stratégique nationale du rôle de l’Etat et soit fondée sur les vrais principes de la bonne gouvernance.

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