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Etudes sur le Maghreb contemporain

dimanche 10 février 2008

La synthèse suivante est publiée sur le site de l’Institut Européen de la Méditerranée
IEMed sous le titre
Quaderns de la Mediterrània

Maria-Àngels Roque

1. DOSSIER INFORMATIF : Le Maghreb contemporain

  • Dynamiques politiques et débats religieux du Maghreb contemporain

Abdul Filali Ansari

L’auteur part de l’œuvre du célèbre anthropologue Ernest Gellner pour nous introduire dans l’un des débats les plus passionnants de la société musulmane actuelle : le rôle central que joue la religion dans l’environnement politique. Le philosophe Hume et l’historien Ibn Khaldoun, entre autres, nous sont d’une grande aide pour récapituler, au travers de l’histoire, les variations du sentiment religieux comme clé permettant d’expliquer des moments capitaux de l’évolution sociale. Cette fois-ci au XXe siècle, l’auteur nous introduit dans deux réalités qui ont marqué les comportements des sociétés maghrébines, les idéaux religieux et les conceptions nationalistes, ce que certains auteurs ont appelé modernisme et traditionalisme. L’histoire la plus récente des événements politiques en Algérie, en Tunisie et au Maroc nous explique comment la situation politique continue à résider en grande partie dans la gestion du pouvoir religieux. L’auteur conclut sur une hypothèse intéressante, dans laquelle il parle des sociétés sécularisées où, cependant, les représentations dominantes n’ont pas assimilé la vision laïque. C’est dans cet environnement que la question religieuse constitue un véritable pouvoir à part. Cet argument lui sert à insister sur ce qui lui paraît essentiel pour la démocratisation de ces sociétés : comment obtenir une modalité de présence et d’action de la religion dans le domaine public.

  • Analyse du devenir politique : treize siècles d’histoire du Maghreb

Mercè Viladrich

L’inventaire des phénomènes nouveaux que commencent à subir les sociétés islamiques traditionnelles constitue une longue liste, aussi bien en ce qui concerne l’individu que les relations sociales que celui-ci incarne : l’accélération des rythmes de vie, l’urbanisation, la croissance du monde ouvrier, la lutte des classes, les guerres impérialistes, la concurrence internationale, l’impact du discours ethnocentrique, etc. On pourrait dire que la somme de tous ces nouveaux problèmes équivaut à l’impact compliqué et conflictuel du monde contemporain sur la société islamique maghrébine traditionnelle, c’est-à-dire la réalité d’un environnement social hostile, antagonique et, par-dessus tout, inintelligible pour les personnes et les groupes, mais dans lequel il sera inexorablement indispensable de se déplacer à l’avenir. En outre, la somme arithmétique des problèmes s’est mise en place à un rythme très accéléré, distinct de celui qui caractérisait l’appropriation de la modernité et l’évolution vers le monde contemporain en Europe. De surcroît, cette nouvelle complexité replace l’Afrique du Nord comme modèle importé et agressif. La pensée arabe est entrée en contact avec la modernité précisément sous la forme de la violence coloniale et, jusqu’à la décennie des années trente, sans instruments intellectuels de réponse adéquats. En généralisant, on pourrait dire que les sociétés islamiques ont eu très peu de temps, ou beaucoup moins de temps que les sociétés occidentales, pour répondre à la problématique que génère la transformation vers le monde contemporain. Le processus des révolutions contemporaines n’est absolument pas facile à reproduire ou à imiter dans une société islamique. Pourquoi ? Qu’y a-t-il dans cette société qui rende impossible l’imitation d’un processus similaire pour accéder à la modernité économique et intellectuelle ? Cette imitation serait-elle, ou sera-t-elle, légitime et possible ? Nous reprenons ici certaines attitudes qui ont existé, au cours de l’histoire, dans la civilisation maghrébine. Souvent totalement ignorées, elles peuvent cependant illustrer la compréhension de certains traits spécifiques de la réaction maghrébine à la contemporanéité européenne et à l’érosion dont, parfois, l’identité "religion et politique" a souffert.

  • Critique de l’hypothèse de l’incompatibilité de l’islam avec les valeurs de la société civile

Abdelkader Zghal

La transition démocratique dans les pays islamiques constitue, sans le moindre doute, l’un des points de débat théorique les plus intéressants de ces derniers temps. Pour l’auteur de cet article, il existe, cependant, un déterminisme culturel autour duquel tourne une grande partie des arguments qui tendent à nier au monde islamique toute compatibilité avec les valeurs libérales et démocratiques de la société civile. Dans le cadre d’une critique de l’argumentation qualifiée de culturaliste et déterministe de Gellner, Abdelkader Zghal prétend démontrer que l’islam n’est pas seul à présenter une certaine résistance au processus de sécularisation des relations sociales : toutes les religions ont tendance à produire leur propre puritanisme politico-religieux. Même face à la singularité de sociétés telles que les sociétés marxistes, dans l’imaginaire occidental et dans celui de Gellner, l’islam a toujours constitué le contre-modèle le plus cohérent des valeurs de la société civile. Face à l’affirmation d’une société musulmane ayant un État faible et une culture forte, l’auteur compare ce modèle, considéré topique, avec des données empiriques relatives à la progressive sécularisation des principales institutions musulmanes dans le cas concret de la Tunisie, qui, selon Zghal, est précisément l’exemple contraire : culture faible et État fort. L’auteur conclut sur une allusion à la nécessaire révision de la spécificité culturelle, vue non seulement comme un héritage du passé, mais aussi comme ce que nous-mêmes décidons que nous avons été.

  • Conflits linguistiques et identitaires : la berbérité

Tassadit Yacine

La revendication linguistique et identitaire berbère est l’un des éléments qui est à l’origine d’un débat omniprésent dans l’Algérie de la seconde moitié du XXe siècle. On a dénoncé la marginalisation de l’une des langues autochtones du pays au profit de l’arabe et du français, afin qu’elle puisse assumer la position qui lui correspond en tant que langue originaire de la région. Mais cette situation est complexe, étant donné que le berbère ne dispose ni du prestige intellectuel du français ni du caractère sacré et uniformisateur de l’identité algérienne dont s’est paré l’arabe afin de se séparer de la culture colonisatrice dominante.
En partant de cette contextualisation préalable, le présent article effectue un parcours de l’histoire de la revendication de l’identité culturelle berbère, depuis ses origines, dans la décennie des années cinquante, jusqu’à sa situation actuelle, et dénonce le fait que la récente reconnaissance de la culture berbère soit davantage la conséquence de la lutte qui existe entre les diverses factions du pouvoir que d’une volonté réelle de la promouvoir. L’auteur conclut son article en prêchant pour la nécessité de l’existence d’une véritable pluralité linguistique et culturelle en Algérie.

  • Société civile : stratégies de la citoyenneté

Maria-Àngels Roque

Peut-on appliquer le terme de société civile aux sociétés arabo-musulmanes ? Face aux thèses qui présentent une impossibilité quant à l’existence d’une société civile hors d’un environnement démocratique et laïc, de plus en plus, l’importance de ces sociétés comme instrument de transition et de changement lié à l’ouverture et à la démocratisation prend corps. Le présent article analyse la présence et l’évolution d’une société civile émergente au Maghreb, en se centrant plus particulièrement sur le cas du Maroc et, au sein de ce pays, tout spécialement sur les régions où les réseaux de coopération ville-campagne, ainsi que les mouvements culturels de caractère berbère, ont joué un rôle tout à fait remarquable.

  • Femmes et droits de l’homme au Maghreb

Laura Feliu i Ángeles Ramírez

L’article fait référence à la discrimination juridique qui existe au Maroc en fonction du sexe. Pour ce faire, il présente, entre autres documents, le Code de la Famille et du Statut personnel, ou Mudawana , et l’engagement de diverses institutions quant à sa disparition. Par ailleurs, les auteurs analysent une série de mouvements sociaux : le mouvement féministe, les associations d’immigrants, celles des droits de l’homme, les partis politiques et les groupes islamistes. La conclusion est que, à l’exception du mouvement féministe et de ce que les auteurs appellent " sa mouvance ", aucun autre mouvement ou association ne s’est fermement proposé d’en finir avec la discrimination sexuelle, pour des raisons qui ont certainement à voir avec la stratégie politique, ou parce que ce thème est considéré comme secondaire. Toutefois, d’autres groupes ont aussi pour but le changement, bien qu’ils n’explicitent pas clairement s’il s’agit d’en finir avec la discrimination. Pour Nadia Yasin, en tant que porte-parole du mouvement islamiste dont on dit qu’il a le plus grand nombre de sympathisants, il faut changer la Mudawana , bien que jusqu’à l’heure actuelle cette association n’ait pas expliqué en quoi devait constituer ce changement qu’ils appellent de leurs vœux. À partir de l’analyse du Plan d’intégration des femmes au développement, les auteurs observent le mouvement associatif au Maroc et la capacité de mobilisation, supérieure aux autres, du mouvement islamiste. La situation de calme, et même de stagnation, dans laquelle se trouve cette affaire après les deux manifestations, de refus du plan à Casablanca et de soutien de celui-ci à Rabat, avec une nette supériorité numérique de la première par rapport à la seconde, a changé depuis le début mars, quand le roi du Maroc a nommé une commission qui sera chargée de préparer la révision de la Mudawana . La composition et la conception de cette commission posent cependant de sérieuses questions quant au point jusqu’auquel elle pourra contribuer au chemin qui reste encore à parcourir au Maroc vers la démocratie.

  • Le Maghreb en transe : la difficile transition vers la démocratie dans les pays du Maghreb

Bernabé López García

Cet article analyse le développement des transitions politiques dans les pays du Maghreb, leurs caractéristiques et les différences qui existent entre les trois pays qui en font partie.

La transition politique doit être basée sur deux transitions préalables : une transition démographique, qui a commencé à se produire, et une transition économique, indispensable pour ne pas louper le train de la modernisation, bien qu’elle n’ait qu’un rôle périphérique.

Il existe des différences de degré entre la libéralisation en cours au Maroc et celles qui ont lieu en Algérie ou en Tunisie, et l’auteur présente donc les trois cas à partir de la problématique que représente l’expression de la pluralité dans la région. En Algérie, cette pluralité surgit avec l’explosion sociale de 1988, mais sans consistance réelle suffisante pour constituer une véritable option vers de grands changements. En Tunisie, sous l’apparence d’un pays moderne, nous nous trouvons face à une démocratisation paralysée par la peur de l’alternance politique. Et, en dernier lieu, au Maroc, où la transition a commencé il y a déjà une décennie au travers d’un système politique qui permettrait une relève pacifique des élites dirigeantes, mais où l’on doit cependant envisager de nouveaux processus facilitant une plus grande visibilité de la transition politique du pays.

  • La régionalisation au Maroc

Mustapha Sehimi

L’auteur présente, dans cet article, l’un des thèmes d’actualité du débat politique marocain : la décentralisation. Mustapha Sehimi illustre pour nous le processus de régionalisation que ce pays est en train de vivre, et qu’entame la reconnaissance de la région en tant que collectivité locale dotée d’une personnalité morale et d’une autonomie financière par la Constitution de 1992. Plus tard, avec la nouvelle constitution révisée de 1996, ce processus s’est consolidé, puisqu’à partir de ce moment-là, les régions auront des représentants au sein de la deuxième chambre marocaine. Les exemples européens permettent à l’auteur de préciser le modèle marocain, qui est identifié avec la décentralisation régionale. De fait, ce qui est en jeu actuellement, c’est la viabilité organisationnelle de ces régions constituées en 1996 et qui n’ont pas encore donné de résultats. Selon l’auteur, la perspective de la régionalisation " à la carte " prévue en faveur des provinces sahariennes comme une possible solution à ce contentieux constituera un test pour apprécier in situ les limites et l’orientation de la régionalisation qui est en cours.

  • À propos de la régionalisation au Maroc et de la question du Sahara occidental

Antoni Segura

Face au dernier plan présenté par l’ONU en juin 2001, le débat sur la régionalisation au Maroc et la situation du Sahara occidental dans ce processus semble tout à fait inévitable. Autodétermination, autonomie et régionalisation semblent être les termes au travers desquels on devra discuter du statut final du Sahara occidental. Le plan prévoit une période transitoire d’autonomie de cinq ans, après lesquels serait organisée une consultation qui ne prévoit pas, toutefois, l’autodétermination. Le présent article nous présente une réflexion de ce point de vue qui complète la vision que nous a apportée Mustapha Sehimi dans le dossier thématique. Il prétend, de cette manière, montrer la difficulté qui existe à combiner les réformes administratives internes avec des stratégies politiques de fond, et surtout, avec la solution d’un long conflit qui s’est situé au centre d’un débat d’envergure internationale.

  • Représentations hispano-marocaines

Víctor Morales Lezcano

Cet article est centré sur la formation des systèmes de représentation existant sur les deux rives du détroit de Gibraltar. Dans la première partie, l’auteur fait un parcours historique des relations entre le Maghreb et la Péninsule Ibérique. De ce point de vue, le conflit entre les trois grandes religions monothéistes a marqué la représentation de chacune des cultures par rapport aux autres. La révision historique de cette évolution met en évidence le fait que l’histoire des formations identitaires est un outil de travail très important pour comprendre les phénomènes de recouvrement ethno-culturel. Ainsi, pour comprendre la société actuelle, il est nécessaire de récupérer systématiquement l’analyse des précédents existant dans l’histoire des représentations.

Dans la seconde partie, l’auteur nous présente les récentes transformations de ces relations, marquées par la croissance des migrations de la rive sud vers la Péninsule. Parallèlement, il montre comment l’Espagne et le Portugal sont passés, graduellement, d’un statut de société exportatrice de main d’œuvre excédentaire à celui d’un pays récepteur d’immigration. Le processus de transformation économique et sociale de l’Espagne, suite à son entrée dans l’Union européenne, a été un facteur important de son changement d’image. L’auteur se centre ensuite sur le cas du Maroc et sur l’évolution, dans le système de représentation marocain, de la configuration imaginaire de l’Espagne, depuis le protectorat jusqu’à l’époque actuelle. Cette transformation a aussi tenu un rôle essentiel quant à l’évolution de l’immigration marocaine en Espagne.

2. ACTUALITÉ MÉDITERRANÉENNE

  • Entretien avec Miguel Ángel Moratinos

Hamid Barrada

Miguel Ángel Moratinos, envoyé spécial de l’Union européenne au Moyen-Orient, tente au cours de cet entretien, réalisé par le journaliste marocain Hamid Barrada pour Cuadernos del Mediterráneo (Cahiers de la Méditerranée), d’aller bien au-delà du conflit israélo-palestinien et de présenter sa vision de l’espace méditerranéen - avec une attention spéciale quant au sud et à l’est de la Mare Nostrum - d’un point de vue personnel aussi bien qu’historique, socioculturel, politique et imaginaire. Parallèlement, il apporte ses réflexions sur des thèmes aussi actuels que l’identité, l’interculturalité, la démocratie ou les différentes politiques internationales dans la zone, fruit de son expérience dans celle-ci au travers de différentes responsabilités et missions politiques.

  • L’immigration : défis et opportunités

Jordi Pujol

Le président du gouvernement Autonome de la Catalogne présente le phénomène de l’immigration étrangère depuis le positionnement d’un pays ayant une vaste tradition d’accueil, en mettant l’accent sur l’expérience positive de la Catalogne quant à la réception des populations immigrées ainsi que sur le fait que l’on puisse parler d’un modèle catalan d’intégration.

Le noyau central de la conférence fait référence précisément à la manière d’adapter le modèle catalan à la nouvelle réalité qu’implique l’arrivée de l’immigration étrangère en Catalogne. Cette immigration implique, du point de vue de Jordi Pujol, une série de défis liés avant tout à la diversité culturelle et, plus particulièrement, au fait que la présence de la religion musulmane apporte une nouvelle dimension à la gestion du fait migratoire.

Le détail du modèle proposé par le président fait une référence toute spéciale à la garantie de l’égalité des droits fondamentaux et à la nécessité de règles claires et justes quant aux droits et devoirs des nouveaux arrivants. Une autre ligne importante est la nécessité de créer des expectatives d’avenir pour pouvoir intégrer cette population, en impulsant des politiques claires et pouvant être assumées par l’ensemble de la société. De ce point de vue, Jordi Pujol recherche la garantie de la cohésion sociale, aussi bien à partir du déploiement de l’État providence que grâce à la possibilité de disposer de l’implication de la société elle-même. Dans la perspective plus large de la coopération, le troisième grand aspect qui, en Catalogne, est considéré comme essentiel est l’investissement dans les pays émetteurs comme instrument aussi utile que nécessaire pour leur développement.

  • La Méditerranée face au défi de l’euro

Jean-Louis Reiffers

Malgré la difficulté qui entoure l’évaluation des conséquences de l’implantation de l’euro pour les pays méditerranéens, l’auteur indique qu’il existe divers points auxquels il est nécessaire de prêter attention.

Si le cadre d’association euro-méditerranéen comprend la sphère monétaire et financière parmi ses aspects importants, il n’y a pas le moindre doute que l’euro peut constituer un élément décisif de consolidation du Processus de Barcelone.
L’auteur base son argumentation sur trois éléments décisifs. En premier lieu, l’influence possible de l’euro dans les transferts d’économie de l’Europe vers les pays méditerranéens associés et la gestion macro-économique de ces pays. En deuxième lieu, l’euro peut avoir des effets sur les exportations des pays méditerranéens, étant donné que son introduction diminuera les coûts de transaction du commerce international aussi bien pour l’importateur que pour l’exportateur. En troisième lieu, l’euro peut contribuer à une intégration sud-sud. Une unité monétaire commune implique la coordination des politiques économiques, la transparence des prix ainsi que l’impossibilité d’effectuer des dévaluations concurrentielles.

En conclusion, l’auteur recommande, entre autres choses, l’inclusion de la question monétaire comme une composante de l’association, la création d’un organe consultatif sur ces thèmes à niveau euro-méditerranéen, ainsi que d’un instrument semblable au serpent monétaire européen, et la création via MEDA d’une assistance technique développant des couvertures contre le risque de changement.

  • L’Algérie et la démystification de l’origine de la violence

Gema Martín Muñoz

La guerre en Algérie est devenue le modèle même de la déformation et de la manipulation idéologiques. En partant de cette prémisse, le présent article prétend démystifier les affirmations qui considèrent l’islamisme algérien comme unique et exclusif responsable de la situation de désintégration sociale et politique dans laquelle vit actuellement le pays. On a tenté de présenter ce conflit comme un affrontement entre deux modèles culturels distincts, alors qu’en réalité il s’agit d’une lutte entre les partisans de la démocratisation du système et ceux qui lui sont opposés. L’article décrit les véritables origines de la violence qui menace le pays, et démystifie de nombreuses "vérités" qui ont été utilisées jusqu’à présent pour la justifier, dont la majorité présente le " fondamentalisme islamique " comme seul responsable de la situation de crise dans laquelle l’Algérie est submergée, couvrant ainsi la junte militaire qui est au pouvoir, véritable gestionnaire du conflit.

  • Un défi pour la présidence espagnole de l’UE : rétablir la confiance dans le Processus de Barcelone

Andreu Claret

L’auteur remarque l’importance du rétablissement de la confiance dans le Processus de Barcelone dans les circonstances actuelles. Il est vrai que l’incertitude et les pires augures dominent l’opinion publique sur le terrain de l’association euro-méditerranéenne, comme sur de nombreux autres dédiés à cette région, mais tout n’est pas négatif. Il existe des sociétés en mouvement au sud et à l’est de la Méditerranée qui sont en train de substituer une volonté de participation aux processus politiques au silence dont elles faisaient preuve jusqu’à présent. En outre, à cause de la lenteur du Processus, les conditions sont réunies pour une action politique qui s’impose depuis ces deux dernières années ; par exemple, au travers de l’adoption de la Stratégie de Feira l’an passé.
Le monde méditerranéen a vu la frustration croître, avec un surcroît de violence dans certaines régions, du fait des difficultés économiques et politiques, pour lesquelles, d’autre part, il n’y a pas eu de réponse européenne. En Europe, dit l’auteur, la volonté politique a manqué au cours de ces deux dernières années, début du compte à rebours pour l’élargissement, et a coexisté avec le maintien du discours sur la nécessité de l’attention à la Méditerranée. Par conséquent, la conjoncture actuelle constitue un défi pour la future présidence espagnole de l’Union européenne, au cours de laquelle il faudra éclaircir un certain nombre de doutes, tels que les devoirs de l’Europe, le rôle de l’Espagne, la volonté réelle d’activer le Processus, et la détermination du lieu de la dimension méditerranéenne.

  • Le Forum civil Euromed : bilan, continuités et changements

Helena Oliván

La instauració de noves formes de cooperació a l’àrea mediterrània per part de la Unió Europea va obrir, en el L’instauration, de la part de l’Union européenne, de nouvelles formes de coopération dans le bassin méditerranéen a ouvert, en son temps, des espérances quant aux possibilités d’échange et de démocratisation. Le partenariat euro-méditerranéen lancé par l’Union européenne en 1995 a contribué à cette instauration au travers de la tentative de consolidation, avortée par la suite, de la " coopération décentralisée " entre la société civile de cette mer qui nous unit. Mais son poids, déjà réduit, s’est dilué et a pris d’autres formes pour des raisons internes, mais aussi externes, au processus.
L’un des phénomènes dont l’analyse aide à comprendre cette complexité est le Forum civil Euromed, comme exemple de la philosophie qui est sous-jacente à l’idée du partenariat. Le Forum s’érige en espace de rencontre entre les sociétés, dont les continuités et les changements indiquent la complexité du phénomène auquel nous nous affrontons. Toutefois, les changements de format de la rencontre, la réduction du nombre de participants et la non-institutionnalisation du Forum sont certains des éléments qu’il est difficile d’évaluer. Alors que l’élargissement de l’UE vers l’est détourne l’attention et que le processus de paix au Moyen-Orient se bloque, la coopération entre le nord et le sud présente un certain nombre d’inconnues dans un contexte changeant tel que l’espace méditerranéen.

3. DIVERS

  • Débat sur la laïcite en turquie

Semih Vaner

La ratification, par le Tribunal européen des Droits de l’Homme, de l’interdiction du parti islamique turc Refah constitue le cadre de cet article sur la démocratie, l’islamisme et la laïcité en Turquie. Le mouvement islamique turc canalise les frustrations d’une partie de la population, marginalisée par le dynamisme économique.

Pour l’auteur, il ne s’agit pas de tomber dans le simplisme d’une dichotomie entre " laïcs " et " intégristes ", étant donné qu’il y a beaucoup de comportements hybrides, et que le respect du système démocratique n’est le patrimoine d’aucun groupe. Il serait beaucoup plus prudent de sanctionner individuellement les auteurs de propositions incompatibles avec les règles démocratiques que des groupes ou des partis entiers. En effet, avec ce type d’action, c’est le système démocratique, lui-même, qui pâtit. D’autre part, les " laïcs " ne sont pas forcément démocrates ni nécessairement intéressés par la prévalence de la démocratie. L’intégration de l’islam politique dans la démocratie pluraliste dépend aussi bien de l’évolution du courant religieux que de l’attitude des tenants de la laïcité.

  • Premières conclusions d’une étude sur les immigrantes travailleuses sexuelles

Dolores Juliano

Cet article présente une réflexion autour d’un projet d’étude interdisciplinaire sur la prostitution de femmes immigrantes en Catalogne. L’article propose une réflexion méthodologique sur les positionnements de départ du projet, en même temps qu’il effectue un parcours des trajectoires migratoires de ces femmes et de leurs projets d’avenir. Ce travail est toujours fait dans une perspective anthropologique de sexe intégrée qui aborde le thème d’une manière réaliste, tentant de fuir les topiques et les lieux communs, et depuis laquelle le pouvoir de décision et d’action de ces femmes quant à leur propre vie est considéré comme principe et non comme conséquence d’une existence marginale.

  • Modernité et alimentation : vers une "acculturation culinaire" ?

Matthieu De Labarre

A quoi pensons-nous lorsque nous évoquons la mondialisation de notre alimentation ? La première image qui nous vient à l’esprit est la figure emblématique de la chaîne de restaurant MacDonald’s, symbole de la toute puissance des multinationales agroalimentaires qui nous imposent un menu unique et détruisent la diversité des identités culinaires.

Pourtant, cette image de l’appauvrissement et de l’homogénéisation inéluctables de notre univers gustatif nous apparaît peu pertinente face à la réalité complexe qui accompagne la globalisation de nos représentations et pratiques alimentaires. S’il est vrai que de multiples transformations de nos modes de vie et de la filière alimentaire conduisent à un "désenchantement" de notre activité culinaire, cette logique n’est ni unique, ni implacable. En effet, la mondialisation ne se limite pas à un phénomène économique : elle se manifeste également dans la sphère culturelle, en particulier au travers du développement de ce que Charles Taylor nomme "individualisme expressif". Or, celui-ci peut entrer en contradiction avec les tendances homogénéisantes de la globalisation alimentaire en raison d’un attachement croissant à " l’authenticité "culinaire (succès du "terroir" et des produits "biologiques"). L’individu adopte de plus en plus une attitude réflexive vis à vis de ses pratiques, ce qui favorise l’émergence de formes de résistance. Ainsi, l’activité du "mangeur moderne", davantage que la simple conséquence de l’offre de l’industrie agroalimentaire et d’un mode de vie contraignant, doit, de notre point de vue, être perçue comme l’expression d’une tension entre deux logiques antagonistes (tout à la fois tendances vers l’homogénéisation, le renouvellement et la défense des identités).

Si notre raisonnement est juste, la "fin des mangeurs" ne semble pas sur le point d’advenir, ni la globalisation d’entraîner la disparition du dynamisme et de la diversité des systèmes culinaires.

  • Max Aub et l’exil espagnol en Algérie

Saliha Zerrouki

Cet article propose une analyse de l’œuvre Diario de Djelfa (Journal de Djelfa), écrite par le poète Max Aub pendant son séjour dans un camp de prisonniers français dans l’Algérie coloniale après la Guerre Civile espagnole. L’article effectue un parcours de cette œuvre poétique si peu connue, en même temps qu’elle s’érige en revendication de son auteur, Max Aub, témoin visuel, victime et voix - au travers, précisément, de son Diario de Djelfa - de ces prisonniers reclus dans les camps coloniaux français que le gouvernement de Vichy construisit en Algérie. Protagonistes d’un exil oublié, leur mémoire prend forme au travers de ce Diario poétique que Saliha Zerrouki ressuscite dans son article.

  • Picasso, le grand cannibale méditerranéen

Achille Bonito Oliva

Pour Achille Bonito, Picasso représente la figure même de l’artiste cannibale, d’un génie éclectique qui ne s’abandonne pas au style, mais qui se livre à la mutation des formes. De ce point de vue, le génie de Picasso se définit comme un dévoreur d’art, qui boit de toutes les sources, aussi bien du présent que du passé, et même du futur. Il dirige et crée des fragments et des détails de toute l’histoire de l’art : depuis l’art primitif jusqu’à l’art de nos jours.
Malgré cela, il demeure un artiste contemporain qui parvient à s’affronter aux tragédies de notre histoire. Picasso absorbe, dans ses formes, le désir créatif d’autres artistes, transformant cette absorption en sa propre poésie et sa propre déclaration de guerre à l’histoire de l’art.

  • La calligraphie artistique arabe contemporaine. Deux représentants : Ahmed Moustafa et Nja Mahdaoui

Elena Morató

La calligraphie classique comme art appliqué et la calligraphie contemporaine comme apport révolutionnaire à la relecture d’une pratique centenaire sont sans aucun doute les deux faces d’un même phénomène (dialectique) culturel. Dans cet article, qui analyse ces manifestations artistiques au travers de l’œuvre de deux de leurs principaux représentants - A. Moustafa et N. Mahdaoui-, l’auteur se propose un rapprochement du langage associé à une création plastique contemporaine aux profondes racines traditionnelles. Après une époque de crise qui commence dans la décennie des années quatre-vingt, la calligraphie reprend à nouveau son impulsion créative, et de jeunes artistes, tels que Moustafa et Mahdaoui, ont été attirés par elle, et sont devenus les nouveaux représentants d’une expression artistique musulmane traditionnelle.

  • Raï, dissidence "on the rocks"

Donat Putx

Cet article effectue un bref survol de l’évolution du raï depuis sa naissance, étroitement liée à l’apparition du prolétariat algérien, jusqu’à l’émergence de Khaled, qui, depuis la France, a fait du raï un succès international. Ce survol met en évidence les diverses influences qu’il a reçues, parmi lesquelles on remarquera celle du pop international depuis les années soixante, impliquant une importante rénovation du matériel musical. Khaled et son succès ont facilité l’apparition de nombreux concurrents, aussi bien de sa génération que des générations suivantes.
En outre, cet article met aussi l’accent sur une composante dissidente implicite du raï, une contestation qui est l’expression de l’individualité ainsi que de l’éloignement du collectif et des codes. Cette composante de diversion et de contestation aux couleurs mondiales ainsi que la défense de la liberté individuelle sont précisément ce qui a mené ce mouvement musical à être menacé et poursuivi.

  • Un panorama sur le cinéma grec

Àngel Comas

Cet article se fait l’écho de la résurgence du cinéma grec actuel, méconnu du grand public du fait de l’uniformisation des goûts que provoque le monopole nord-américain. L’auteur met en évidence le fait que les expectatives qu’avait générées cette résurgence du cinéma grec dans son propre pays se sont reflétées quantitativement aux guichets, où les ventes ont dépassé 18 %. Un autre aspect remarquable de cette situation est que le dénominateur commun de ces films, qui ont brisé l’hégémonie nord-américaine, est qu’ils traitent tous de thèmes qui intéressent les spectateurs et obtiennent tous l’identification de ces spectateurs avec ce qu’ils ont à l’écran. Bien que ces chiffres soient porteurs d’espoir, très peu de films grecs sortent des frontières du pays pour accéder à d’autres marchés qui permettraient d’en amortir les coûts de production. Pour l’auteur, la domination nord-américaine empêche les films grecs de parvenir jusqu’en Espagne ; de la même manière que les films espagnols ne sont pas sur les écrans grecs. Comme dans la majorité des pays, le cinéma en Grèce dépend des télévisions pour amortir les coûts.

3. LIVRES

  • Para conocer y denunciar el racismo

José Luis Solana

  • Mediterráneo y percepciones identitarias : Córcega

Gemma Aubarell

  • Mujeres y Migración

Mercè Viladrich

  • Historia del Mediterráneo

Juan Luis Quintana

  • Mediterráneo, gentes y libros

Claudine Rulleau

  • Selección de recursos en internet

Elisenda Macià

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